Navimag et Chiloé

Par Damien. Click here for Emma’s version, in English. Et les photos sont ici et surtout là.

On quitte Puerto Natales par la voie maritime, en embarquant sur ce cargo qui transporte bétail et marchandises entre Puerto Natales et Puerto Montt, 1200km plus au Nord.

Des fjord et des block-busters

Le premier jour offre de superbes panoramas à travers les nombreux fjords traversés, qu’on contemple en bravant le froid, la pluie et le vent.

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Les deux jours suivants, on s’est éloigné des côtes, le temps s’est empiré, et l’océan est agitée, haut-le-coeur garanti ou remboursé… Bref, nos premiers passages mouvementés sur l’océan Pacifique nous contraignent à l’enfermement dans notre petite cabine, rester allongé étant selon nous le meilleur remède contre le mal de mer. Par chance, on a anticipé le problème, et télécharger les jours précédents la saison finale de Dexter (notre péché mignon), qui nous fait oublier la sensation permanente de gueule de bois monumentale à chaque turbulence maritime. Et quand on se retrouve à court de Dexter, on peut toujours compter sur la salle commune et sa télé qui, comme tous les cars pris en Amérique du Sud, diffuse à coup sûr un block-buster ultra-violent. On est désormais spécialistes des filmographies de Gerard Butler, Dwayne Johnson, et Mark Wahlberg!

Pain and Gain

Mark & The Rock

Le 4e et dernier jour, le soleil nous réchauffe enfin, et on profite de la vue sur les îles Chiloé qu’on longe à travers le Golfo Nuevo. On avait souri en lisant que ses îles sont parfois comparées à l’Irlande, et on remarque en effet des similarités dans ces paysages familiers de pâturage sur ces collines verdoyantes.

Les pingouins de Chiloé

Une fois débarqués à Puerto Montt, on prend donc la direction de la grande île de Chiloé, ce qu’on n’avait pas prévu dans notre itinéraire initiale, mais la lecture des traditions et légendes chilotes (cf article d’Emma) ont fini par nous convaincre (pour moi c’était surtout la gastronomie !).

Traditional wooden shingles

Maison traditionnelle chilote

Le nord de l’île est aussi souvent visité pour sa colonie de pingouins, qu’on avait manqué de peu à la péninsule Valdés.
Arrivé à Ancud, la ville étape pour la visite des pingouins, on apprend que ces derniers ont du retard, ils ne sont pas encore arrivés… A croire qu’ils nous évitent les garnements!

Ancud en soi à très peu à offrir, à part une petite intoxication alimentaire pour Emma, et dès le lendemain on prend donc un de ces petits bus ruraux, dans lesquels si tu fais plus d’1M75 tes genoux n’ont d’autre choix que de s’enfoncer dans les ressorts du siège avant, ce qui est d’un confort médiocre, mais on arrive néanmoins à destination, la charmante capitale Castro.

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Pilotis et gastronomie

On s’installe dans une petite auberge “Palafito Sur”, maison sur pilotis typique des “palafitos” traditionnels chilotes, avec vue sur la baie, et ses dauphins qui viennent y pêcher chaque matin (évidemment j’oublie l’appareil photo). Par contre je ne manque pas la photo de l’urubu à tête rouge qui vient se poser sur le bateau voisin.

Turkey Vulture

Turkey Vulture

Bref, Castro est une étape incontournable de la visite de l’île, avec cerise sur le gâteau la dégustation sur le port de fruits de mer fraîchement pêchés, et autres ceviches de saumon. On goûtera aussi au célèbre curanto, le plat local de fruits de mers, poulet, porc et pommes de terre, le tout cuits à la vapeur, faute de cuisson traditionnelle, ou ce dernier est cuit dans des feuilles de rhubarbe, dans un trou au sol recouvert de pierres incandescantes.

Curanto

Curanto

On discute avec une agence de tourisme juste à côté, Chiloé Natural, compétents et extrêmement sympathiques, qui nous conseillent sur les activités et transports sur l’île. C’est grâce à eux qu’on saura qu’à Dalcahue, il faut choisir la “cocineria” numéro 8 (petit stand culinaire dans une sorte de marché couvert), et y savourer une cazuela de cordero con luche (délicieuse soupe d’agneau aux algues), on saura aussi qu’à Cucao, porte d’entrée du parc national, il faut dormir à Palafito Cucao, magnifique auberge au bord du lac, avec petit bassin d’eau chaude en bois à l’extérieure, et c’est toujours eux qui nous organisent un transfert à prix imbattable vers Chepu, au Nord ouest de l’île où aucun bus ne pouvait nous amener, là où on avait trouvé une adresse d’écogîte (ecolodges) qui avait retenu notre attention…

Chiloe National Park

Notre première plage du Pacifique!

Chepu

Car après la culture, l’architecture sur pilotis (et pour les fans d’églises, elles sont ici en bois, et toutes classées à l’Unesco), les légendes et la gastronomie, un des points d’orgue de notre visite de cette charmante île de Chiloé c’est pour moi Chepu, et les “ecolodges” de “Chepu Adventures”, tenues par Amory et Fernando. Le couple de Chiliens a quitté leur vie confortable de Santiago pour venir vivre en quasi-autarcie sur Chiloé. Ingénieur électricien, Fernando explique fièrement leur démarche, et nous montre le logiciel fait-maison qui calcule en temps réel l’électricité produite par ses panneaux solaires et son éolienne (“I like when nature pays my bills”), et les capteurs qu’il a installés pour mesurer l’eau et l’électricité consommées par chaque maisonnette où son logées les invités, afin de sensibiliser chacun à sa consommation quotidienne de resources.

Vue depuis l'écogîte

Vue depuis l’écogîte

Toute la petite communauté de Chepu est d’ailleurs impliquée, fournissant quelques denrées alimentaires bio, et les enfants de l’école fabriquant les panneaux touristiques et écologiques, des signes interdisant la décharge de déchets fleurissant donc un peu partout.
Mais Chepu est aussi et surtout un paysage presque apocalyptique après le passage dans les années 60 d’un tsunami qui a ravagé une partie de la forêt, abaissant le niveau de toute une parcelle et arrachant la végétation, la salinité s’occupant ensuite de tuer les arbres restant, qui trônent désormais comme d’étranges sculptures grises sortant de terre et de la rivière.

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Et c’est au milieu de ce décor surnaturel qu’on se prépare pour l’activité du lendemain, qui à vrai dire était la raison initiale de notre venue, un tour de kayak sur la rivière à 6H30, pour le lever du soleil!

Kayak à l’aube

On se réveille plusieurs fois la nuit dans notre “chambre froide” (on s’est pris au jeu de l’écologie, et on a décidé de ne pas allumer le chauffage!), et on écoute avec inquiétude le son des averses qui résonnent sur le toit. 5H, les averses redoublent d’intensité. 6H, il pleut toujours. Dépité, je me rends vers la pièce principale où Fernando nous attends déjà, observant avec lui la pluie versée depuis ce ciel noir qu’aucune étoile ne traverse, et on décide d’annuler. Je retourne dans la chambre, on se dit qu’on fera du kayak dans la journée, déçus, mais assez content de retourner au chaud sous l’épais duvet de plumes. Puis la pluie s’arrête. Rapide prise de décision. On ne voit toujours pas d’étoile, mais on se dit qu’une fois à l’eau, averse ou pas, on va bien pouvoir le voir ce lever du soleil!

On retourne vers Fernando, surpris mais content de nous voir finalement prêt à affronter la fraîcheur matinale (il ne se sera pas levé pour rien).

The sunken forest of Chepu

Les arbres morts de Chepu

Je manque de mots pour décrire la beauté d’une navigation en kayak dans la faible lumière bleue du matin sur la rivière, où on reste silencieux dans l’espoir d’observer le petit mammifère marin local: la loutre du Chili.
Il ne pleut plus une goutte depuis qu’on a embarqué sur le kayak, et la chance reste de notre côté lorsqu’enfin on observe trois loutres cachées derrière les arbres morts, dont l’une traverse la rivière pour nous gratifier d’un cliché flou, à valeur de trophée malgré tout!

A rare Southern River Otter

Le soleil se lève, mais les nuages sont épais, et ce n’est qu’une heure plus tard qu’on assiste finalement au lever du soleil, au-dessus des nuages à défaut d’horizon.

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On rentre pour un petit déjeuner bien mérité après le retour à contre courant, plus fort que nos bras manquant d’exercice, et on passe le relais à des Français arrivés tard la veille, qui partent à leur tour sur la rivière.

On sympathise par la suite, échangeant nos bonnes adresses, conseils et astuces de voyageurs (eux voyagent “du nord au sud“), et on compatit de leur détresse lorsqu’ils réalisent qu’ils ont fermé le coffre de leur voiture de location, laissant la clé à l’intérieur. L’agence peut faire parvenir le double, mais pas avant 2 jours. On commence à parlé assurance et vitre brisée, mais c’est finalement Fernando qui parviendra à actionner la manette d’ouverture du coffre ou passant un fil de fer par la vitre. Il nous jure en souriant que c’est la première fois qu’il fait ça.
On célèbre avec eux la résolution de l’incident, et on profite par la même occasion d’un transfert vers la route la plus proche (merci encore!) où passent les lignes de bus ruraux, marquant la fin de notre visite de l’île, et de mes genoux.

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