La Paz, ses montagnes et ses traditions

Par Damien. Click here and here for Emma’s posts. Et les photos de là-bas sont ici!

Après un passage reposant à Sucre, nous voici maintenant à La Paz, où le programme s’annonce beaucoup plus actif, puisqu’on compte bien taquiner le Huayna Potosi et ses 6088m, avant de descendre la fameuse “route de la mort” en VTT.

Le premier jour, on se contente d’une visite guidée de la ville, commençant sur la place San Pedro, face à la prison du même nom. Pas de hasard dans ce point de départ, la prison est un des centres d’intérêt de la ville, car c’est l’une des rares prisons gérées en autonomie par les prisonniers eux-même, qui y vivent avec femmes et enfants, dans des appartements plus ou moins équipés en fonction du loyer. La grande majorité sont en attente d’un procès, pas de présomption d’innocence en Bolivie, on est coupable jusqu’à ce qu’on prouve le contraire. Pas de gardiens à l’intérieur, et la police n’intervient que rarement sur le lieu. En restant patiemment sur la place, les touristes peuvent être certains qu’on les accostera pour leur offrir une visite de la prison, attraction phare totalement illégale et à leurs risques et périls, extrêmement prisée des amateurs de sensations fortes…et de cocaïne pure. Car comme à l’extérieur, l’argent est roi dans la prison de San Pedro, tout s’achète et se vend, y compris la bienveillance des policiers, et la cocaïne y est produite non seulement pour la consommation des détenus mais également pour son commerce.

San Pedro prison, La Paz

San Pedro prison, La Paz

On arrive ensuite au fameux marché des sorcières, où les foetus de lamas et jeunes lamas se vendent comme des petits pains. Car la tradition veut que lorsqu’un bâtiment se construit, il est nécessaire de faire un sacrifice à Pachamama, la terre-mère, pour s’assurer du bon déroulement des travaux et de la qualité de l’ouvrage. Une petite cérémonie est donc organisée, et on enterre dans les fondations le foetus de Lama, voire un lama vivant si on a les moyens. Et s’il s’agit d’un pont ou autre construction de grande échelle, la tradition voulait que le sacrifice soit humain, et le guide nous explique qu’un mendiant alcoolique était la cible parfaite, mais qu’un touriste égaré représenterait un sacrifice d’une valeur double! Le sacrifice humain n’est bien évidemment plus pratiqué, nous assure-t-on.

Llama foetuses in the Witches' Market, La Paz

Llama foetuses in the Witches’ Market, La Paz

Le marché des sorcières fournit également les superstitieux en poudres magiques de toutes sortes possibles et imaginables, vous apportant chance financière ou amoureuse, ou encore guérissant d’une scoliose ou d’un cancer, au choix. Quoique les plus répandus semblent être les sorts sexuels, avec d’innombrables produits garantissant une performance des plus satisfaisantes. On termine au marché central à déguster les fameuses pommes de terres fourrées, excellentes, rinçant le tout d’un vitaminicos vendu comme énergisant, mélange de jus de fruits et légumes mixés avec des céréales, au goût indéfinissablement médiocre.

Huayna Potosi!

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On se prépare ensuite pour 3 jours d’ascension du Huayna Potosi, célèbre pour être un des monts de plus de 6000m des plus accessibles. Les prévisions météo ne sont pas bonnes, mais la matinée ensoleillée ce jour-là les contredit, et nos amis Normands ayant eu la bonne idée de nous offrir cette ascension, on décide de se rendre malgré tout à une agence, où on nous assure qu’il y a une fenêtre de bonne conditions pour les jours à venir, mais bien sûr, et on rassure aussi Emma en annonçant que depuis le début de l’année, 95% des inscrits sont arrivés en haut du sommet, mais bien sûr…

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On embarque donc dans un minibus qui nous emmène au “base camp” à 4500m d’altitude, où on doit passer la journée à se familiariser avec le matériel en escaladant un glacier, dont je me réjouis d’avance! Malheureusement le mauvais temps est au rendez-vous (surprise!), et notre guide nous annonce qu’il ne sera pas possible de se rendre au glacier dans ces conditions. Il n’est pas encore midi, et on a devant nous une journée et une nuit dans ce “base camp”, à savoir une pièce avec une douzaine de matelas par terre où on doit passer la nuit… On prend donc la décision de suivre un couple d’allemands qui ont opté pour l’ascension en 2 jours, en on part le jour même à l’assaut du “high camp” un peu plus haut. 700m de dénivelés, on a fait mieux, mais à 5000m d’altitude chaque pas est comme un petit sprint, et c’est non sans mal qu’on parvient finalement au camp où l’on passera la nuit.

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En plus d’avoir pris froid, Emma souffre du mal d’altitude, car l’ascension en 3 jours est aussi faite pour l’acclimatation à 4500m, mais on s’était dit qu’avec nos 2 dernières semaines entre 3500m et 4000m sans rencontrer de problème d’altitude, on n’aurait pas de soucis pour cette ascension en 2 jours. Mauvaise décision semble-t-il, Emma est de plus en plus malade, et je ne dors pas de la nuit avec des maux de tête comme si on me passait au rouleau compresseur.

Le réveil sonne à minuit, et on découvre une couche d’un bon 20cm de neige au pied du refuge. Les guides débattent de la nécessité d’attendre ou non la fin de l’averse. 1H du matin, Emma se sent relativement mieux, et décide de s’équiper pour tenter malgré tout l’ascension, illustration parfaite du fameux “fighting spirit” irlandais. On chausse donc les crampons, enfile le baudrier, la lampe frontale, saisit le piolet, et on part Emma et moi encordés à notre guide en éclaireur.

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On porte des crampons, pas des raquettes, et l’effort à cette altitude de nos pas s’enfonçant dans la neige est hallucinant. Une demi-heure plus tard, on a probablement monté plus de 100m, mais Emma est nauséeuse à nouveau et sait que si elle peut encore continuer une heure ou deux, il est impensable dans ces conditions qu’elle arrive au sommet. Elle décide de faire demi-tour. Moi-même le souffle court et incertain quant à ma capacité à gravir les centaines de mètres restant, je choisis malgré tout de continuer seul avec le guide, sachant la culpabilité qu’Emma éprouverait en pensant être responsable d’un retour collectif anticipé. On poursuit donc l’ascension, tout en observant la lueur de la lampe d’Emma s’éloigner peu à peu, et on rattrape finalement le groupe qui avait pris un peu d’avance. La neige redouble d’intensité, rendant la visibilité difficile, et le groupe décide de faire demi-tour. Mon guide me demande ce que je souhaite faire, je lui répond que je lui fait confiance, et que c’est à lui de juger si les conditions permettent ou non l’ascension finale. A ma grande surprise, il répond qu’on à une chance tous les deux d’y parvenir.

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Nous continuons donc quelques dizaines de mètres supplémentaires, alors qu’il m’explique la dangerosité de la situation, les multiples crevasses environnantes étant recouvertes d’une couche de neige, véritable piège difficilement maîtrisable. Je lui dis alors qu’il est évident qu’on doivent faire demi-tour s’il estime la situation dangereuse, et je vois alors son soulagement, me félicitant de ma « sage décision ». Quel était l’intérêt de me proposer de poursuivre alors que le groupe avait fait demi-tour? L’attrait d’un pourboire qu’il imagine dopé lorsque le sommet est atteint? Que se passerait-il s’il accompagnait un groupe d’inconscients qui lui demandent de poursuivre malgré tout? Nous sommes à 5500m d’altitude, et nous rebroussons donc chemin, forcément un peu déçu, mais content malgré tout de l’expérience à la fois physique et mentale. Qui sait, un jour peut-être serons-nous de retour en Bolivie?…

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Retour au camp pour finir la nuit, et retour ensuite à La Paz, non sans mal, toujours dans cet épais brouillard. Non seulement nous n’auront pas atteint son sommet, mais nous ne l’aurons tout simplement jamais vu, ce diable de Huayna Potosi!

Emma est toujours malade malgré le retour à une altitude presque respirable, La Paz restant tout de même à 3500m. On repousse la route de la mort, et on s’accorde donc le lendemain un repos bien mérité. La sortie de la journée se limite à une séance ciné. Gravity, où Sandra Bullock voltigeant dans l’espace peine à respirer dans son costume appauvri d’oxygène. Peut-être pas la meilleur idée alors qu’Emma elle-même souffre toujours du manque d’air en altitude…

Le monde est petit…

Séance terminée, l’Amérique a encore une fois triomphé, j’aperçois dans la rue un ancien collègue de boulot de Dublin, le monde est petit… Enfin les Boliviens surtout sont petits, et un Irlandais parmi eux, c’est difficile de passer à côté. Nous voici donc inscrits dans un “pub crawl” (tournée des bars) organisé, où chaque bar nous offre un cocktail maison, et je découvre donc la vie nocturne lapazienne (lapazoise, ça sonne mieux?), alors qu’Emma reste couchée pour se remettre de Huayna Potosi dont elle ne veut plus entendre le nom…

Route des Yungas

Le jour suivant, Emma se sent un peu mieux (enfin pas vraiment, mais encore une fois, le fighting spirit…) et on s’inscrit donc pour la descente en VTT de la route des Yungas, plus communément nommée route de la mort.

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Passant de 4700m à 1200m d’altitude en l’espace de 60km, au coeur d’un paysage valant à lui seul le voyage, sur route puis sur chemin rocailleux au bord d’une pente vertigineuse, de l’adrénaline en veux-tu en voilà! Emma descend à vive allure, suspectant d’ailleurs sa médication contre le mal d’altitude d’avoir pour effet secondaire une absence totale de sensibilité à la peur!

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Pas peu fier d’être le plus rapide du groupe (inconscience?..), je déguste l’adrénaline à pleine vitesse en suivant de près le guide de tête, lorsque ce dernier décide de pimenter sa descente en se lançant sur sa seule roue arrière jusqu’à la fin de l’étape, sans pour autant perdre de vitesse, m’obligeant ainsi à relativiser l’ampleur de ma performance à ses côté…

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La route de la mort, c’est à ne pas manquer, une excellente journée qui aura par ailleurs réconcilié Emma avec La Paz, un de ces moments euphorisant de notre voyage où il nous est impossible de se débarrasser de ce large sourire!

Petite tentative de vidéo qui vaut ce qu’elle vaut, c’est pas de la GoPro, juste la caméra autour du cou, donc déconseillée si vous êtes sensible au mal des transports…

Dia de los Ñatitas

Le dernier jour, on achète nos billets pour l’étape suivante, Copacabana (non ce n’est pas à Rio), mais avant de partir, on fait un détour au cimetière de la Paz, car nous somme le 8 novembre, jour des Ñatitas.

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Étrange tradition, de nombreux Aymaras et Quechuas conservent les crânes de leurs défunts, et les sortent une fois par an, jour des Ñatitas, dans une célébration festive au son des fanfares. Cigarettes, feuilles de coca et alcool sont offerts aux ñatitas, qui en retour leur apporteront bonne fortune. Nous n’avons malheureusement que peu de temps au cimetière avant de devoir rejoindre la station de bus, mais suffisamment pour que de nombreuses femmes nous interpellent, nous présentant leur ñatitas, nous demandant fièrement de le prendre en photo, à notre grande surprise alors même qu’on se demandait en arrivant si on allait ou pas sortir notre appareil photo.

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Two Bolivan girls introduced to the natitas of their grandparents, Alejandro and Carolina

Two Bolivan girls introduced to the natitas of their grandparents, Alejandro and Carolina

Ici on nous présente les crânes d’Alejandro et Carolina. Plus loin c’est Juanito, “le père de ma grand-mère” nous annonce cette dame, qui tente de nous expliquer le cycle de vie des âmes selon leur croyance.

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Au delà du morbide ressentit initialement, la musique, les sourires et la fierté des nombreuses personnes paradant autour des crânes nous force au respect, et c’est finalement avec le sentiments d’avoir vécu une expérience particulièrement intéressante que nous quittons La Paz, en direction de Copacabana, au bord du lac Titicaca, avant de poursuivre vers le Pérou!

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