Uyuni et ses fameux trois jours en 4×4

Par Damien. Click here for Emma’s post. Et n’oubliez pas les images par ici!

Après notre petit tour de la Quebrada de Humahuaca, on débarque en Bolivie par la ville-frontière de Villazón, faisant la queue au service d’immigration derrière une dame de taille “bolivienne” qui nous donne l’impression d’être des géants…

Giants among lilliputians

Giants among lilliputians

Ce qu’on remarque tout de suite en traversant la frontière, ce sont les indices de pauvreté affichés aussi bien sur les infrastructures que sur la population.

Malgré un sous-sol riche en minerais, la Bolivie est le pays le plus pauvre de l’Amérique du Sud, et les Boliviens, à dominantes Quechua et Aymara, restent largement méfiants envers les étrangers, aussi généreux touristes soient-ils. Au détour d’un petit marché, qui n’est pas sans rappeler notre bref passage au Paraguay, Emma demande poliment l’autorisation de prendre une photo, et se voit essuyer un refus quelque peu agressif, alors qu’il ne s’agissait seulement d’une photo de sacs de marchandises. Les Boliviens sont célèbres pour leur peur des photos personnelles, qui selon eux risquent de leur voler leur âme.

Tupiza ou Uyuni?

Notre première étape en Bolivie c’est la région sud-ouest, avec le fameux salar d’Uyuni (désert de sel) et la région du sud-Lipez qui s’explorent en 4×4 via l’une des innombrables agences de touristes. On hésite avec un départ depuis Tupiza qui a l’avantage de finir par le salar mais est un peu plus cher, et on choisit finalement de partir directement à Uyuni, où le nombres d’agences tire les prix vers le bas.

Après un délicieux repas poulet-riz-épices pour l’équivalent d’1,5 euros, on choisit donc l’un de nos agresseurs pour lui acheter le billet de bus vers Uyuni, vendu à la criée. On apprend qu’il n’y a pas d’électricité dans la ville aujourd’hui, donc pas de distributeur automatiques… Preuve s’il en faut qu’il vaut toujours mieux avoir quelques dollars sur soi. Le billet de bus est tapé à la machine à écrire, mais ça c’est pas à cause de la coupure d’électricité…

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Après 8 heures dans un bus au moteur bruyant, ultra-polluant, et confort minimaliste à travers des chemins de bosses, on arrive finalement à 1H du matin à Uyuni, et on prend une chambre dans l’hôtel recommandé par le guide le plus proche de l’arrêt de bus. On s’habitue doucement à la différence de confort comparée à celle des pays visités jusqu’alors: pas de chauffage (on est à 3700m = nuits fraîches), literie presque propre, douche froide… Mais évidemment à 7 euros la nuit, la différence de prix est conséquente.

Trois jours, six touristes, un 4×4

Le lendemain, on fait le tour des agences, et on choisit une option bon marché avec un guide hispanophone, on fera de notre mieux pour comprendre… Et nous voici donc partis, avec 2 Suisses-allemands, 1 suédoise et 1 française, pour trois jours en 4×4 à la découverte du sud-ouest Bolivien!

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Le tour commence par un arrêt au cimetière des trains, là où reposent pas vraiment en paix les premières locomotives à vapeur importées d’Europe pour transporter les précieux minerais exploités en Bolivie.

On file ensuite vers le salar d’Uyuni, et on découvre émerveillés ces interminables horizons blancs: 150km de large, 100km de long, et 100m d’épaisseur, le tout perché à 3700m d’altitude, c’est de loin le plus grand désert de sel au Monde. Cette épaisse croûte de sel recouvre une Saumure riche en minéraux, et notamment une forte concentration de lithium (le tiers de la réserve mondiale), minéral principalement utilisés dans les batteries électriques, et donc d’une valeur grandissant aussi vite que le pétrole s’épuise (ou pas…).

Picture?…

Après un déjeuner de côtelettes de Llama, notre guide (Veimar de chez Colque Tours pour la pub) nous arrête pour l’inévitable séance photos, nous dirigeant tour à tour en vrai professionnel dans d’improbables postures pour jouer avec les effets de perspectives offerts par ce paysage désertique. Un peu forcés au départ, on se prend en fait vite au jeu…

On poursuit ensuite vers La isla del Pescado, une île couverte de cactus en plein milieu du salar.

Isla Incawasi

Isla Incawasi

On admire les couleurs du coucher de soleil depuis le salar, et on quitte ensuite ce dernier pour découvrir notre hôtel pour la nuit, le Posada Coral, dont le sol, les murs et les meubles sont faits entièrement de sel.

Lobby of Salt Hotel

Lobby of Salt Hotel

Des lacs, des flammands, des couleurs…

Le lendemain, on descend en direction du parc national Eduardo Avaroa, en passant par un champ de lave, et de multiples lacs, enfin lagunes …ou lagons? je comprends jamais la différence.

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Bref des étendues d’eau toutes plus belles les unes que les autres, aux noms difficilement mémorisables de Cañapa, Hedionda, Chiarcota, ou encore Honda (celui-là ça va), aux multiples couleurs variant du bleu au vert, peuplés par trois espèces de flamands roses (on est devenu des experts!), et majoritairement entourés d’une plage de borax.

…et du borax

Non? Mais si vous savez, le tétraborate de sodium décahydraté! Toujours pas? Ok moi non plus, en fait c’est un minerai qu’on utilise dans la fabrication de verres comme le Pyrex. On le trouve aussi dans des détergents, des insecticides et des engrais. Ah oui aussi dans les réacteurs nucléaires, pour fabriquer des savons, pour révéler les films photographiques, mais aussi en taxidermie… Et aussi dans des produits cosmétiques, alors qu’il s’agit évidemment d’un produit toxique, il faut toujours se méfier des chimistes mesdames. Et aussi en additif alimentaire E285. Ne jamais faire confiance aux chimistes.

Arbol de Piedra

Arbol de Piedra

Veimar contrôle ses dérapages dans le désert de Siloli, et on arrive au célèbre Arbre de Pierre, entouré de nombreuses formations rocheuses sortant du sable, terrain de jeu rêvé pour celui qui a gardé son âme d’enfant grimpeur d’arbres et autres trucs qui s’escaladent.

A climbing Damien
On découvre enfin le dernier lac de la journée, le Laguna Colorada, contenant des sédiments et des algues qui lui donne un rouge-marron intense contrastant avec les îlots de borax, minéral blanc que vous connaissez bien.

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Pâtes bolo et préjugés

Arrivé à notre auberge du soir, on partage avec nos camarades une excellente sorte de pâte bolo accompagnée d’une bouteille de rouge (même pas peur de l’altitude) offerte par notre G.O., lorsqu’au détour d’une innocente conversation, je demande aux 2 garçons suisses “comment vous vous connaissez?” Tous les deux la vingtaine à vue d’oeil, look de teufeurs, ils écoutaient la veille de la drum&bass, on s’attend à une réponse du genre on s’est rencontrés à un festoche de musique électro, mais la réponse sonne telle un coup de tonnerre: “en fait on est tous les deux témoins de Jéhovah”.

Le dîner prend tout à coup une toute autre tournure, avec Emma et moi en “snipers” envoyants nos rafales de questions sur cette religion qui nous est, disons obscure. Le porte à porte? la vie après la mort? la transfusion sanguine? Darwin? l´homosexualité? et tout autre sujet qu’on imagine tabou… Malgré la barrière de la langue, un débat calme et respectueux s’installe. Certains préjugés tombent, alors que d’autres points resteront évidemment inconcevables pour nous, malgré toute la bonne volonté de nos interlocuteurs convaincus.

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Le dernier jour, lever à 4H pour arriver à l’aube aux geysers de Sol de Mañana.

Alors que les geysers observés au Chili la semaine précédente offraient un spectacle d’eau bouillonnante avec des chemins touristiques bien délimités par des pierres, ici c’est une sorte de boue grisâtre qui est en ébullition (vidéo ici!), et l’absence d’organisation autour du site nous permet de les observer d’aussi près que possible, trop près nous diront certains rencontrés plus tard qui ont fait l’expérience douloureuse d’un effondrement sous leur pied.

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Les couleurs autour des geysers sont magnifiques, et on pourrait rester longtemps à les admirer, alors que déjà notre guide nous appelle car on doit déposer les suisses-allemands à la frontière chilienne.

Après un petit bain dans une source d’eau chaude, car pas de geysers sans baignade, c’est la règle, on traverse ensuite le désert de Dali, nommé d’après la ressemblance des paysages aux tableaux de l’artiste, où on admire les traversées des vicuñas (cousin du guanaco et du lama), toujours si élégants, qui nous accompagnent un peu partout dans cette région sud-bolivienne.

Dali's Desert

Dali’s Desert

On arrive ensuite aux laguna Blanco et laguna Verde, qui n’était en fait pas vert à cause de l’absence de vent remuant les algues, selon notre guide. Magnifique panorama quoiqu’il en soit, avec en second plan le volcan Licancabur qu’on avait quitté la semaine précédente, nous dévoilant cette fois son joli profile nord.

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On laisse nos 2 amis suisses à la frontière, et on remonte vers Uyuni, une longue route mais toujours des paysages sublimes, avec en particulier un arrêt à la cité perdue, où s’improvise une petite séance d’escalade parmi les vizcachas, cette sorte de lapin croisé avec un écureuil. (non, vous ne rêvez pas, c’est bien Emma sur la photo ci-dessou!)

Yup, no fear (or large amounts!)

Yup, no fear (or large amounts!)

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On se dirige ensuite vers notre dernier arrêt au bord du canyon de l’anaconda, quand au détour d’un chemin notre guide-chauffeur actionne le frein à main, et sort hâtivement du 4×4. On se demande ce qu’il se passe quand Veimar revient le sourire jusqu’aux oreilles tenant par la carapace un petit tatou, appelé ici quirquincho.

The terribly unfortunate armadillo

The terribly unfortunate armadillo

Emma, grande fane de ces créatures, s’émerveille et caresse la carapace comme pour graver dans sa mémoire sa plus proche rencontre avec une de ces bêtes bizarres, quand Veimar décide qu’il est temps de repartir… et enferme le tatou dans une glacière bleue! Emma en passerait presque du rire aux larmes…

Partagés entre empathie animale et respect des traditions…

Je demande si l’animal est protégé, et Veimar m’assure que non, et nous explique que l’animal, d’une grande valeur marchande, est un symbole de la culture Quechua, dont la carapace sera transformé en guitare traditionnelle, la charango. Il justifie également sa capture par les dégâts causés par l’animal sur les champs de quinoa. On lui demande s’il peut le relâcher, envisageant même de lui acheter, mais nos tentatives resteront infructueuses, et on se fait une raison en se disant qu’il faut respecter la coutume locale… On apprendra plus tard sur le ouéb que l’espèce est en fait en danger, classifié comme “vulnérable”, et que sa chasse est très controversée, même dans cette Bolivie si attachée à ses traditions.

La nuit, tous les chats sont gris

On est bientôt de retour à Uyuni, et la nuit tombe alors que Veimar n’a toujours pas allumé les feux du 4×4. Il a en fait usé la batterie à force de jouer l’intégral du répertoire bolivien des musiques de flûte de pan, on est maintenant dans le noir complet, à 90km/h sur une route principale, et on s’inquiète de voir face à nous les phares d’un camion arrivant en sens inverse. Une voiture double maintenant ledit camion, et est donc sur notre voie, obligeant Veimar à une manoeuvre compliquée dans le fossé à la dernière minute. Silence absolu dans la voiture qui sent maintenant la sueur froide, tout le monde est terrifié, sauf notre chauffeur qui semble totalement confiant pour repartir de plus belle, et je sors alors nos deux lampes frontales, flashant frénétiquement en direction des voitures qui semble toujours nous remarquer qu’à la dernière seconde, dans un klaxonne désapprobateur.

On arrive enfin, sains et saufs, après trois jours chargés d’émotions et de paysages inoubliables. On comprend maintenant pourquoi ce fameux tour du salar d’Uyuni est souvent cité comme l’un des temps forts par les voyageurs en Amérique du Sud. La beauté de ce petit coin du monde perché en altitude vaut vraiment la peine de s’entasser dans un 4×4 pendant 3 jours, même en panne de batterie.

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A suivre, Potosi!

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